Oh les beaux jours au théâtre de l’Atelier

Winnie, jouée par l’incomparable Catherine Frot, est installée au milieu d’un rocher. On ne sait pas véritablement où elle se trouve et d’ailleurs on ne le saura pas. On sait juste qu’elle est enfouie et qu’elle s’enfonce inexorablement.

Mais Winnie ne se laisse décourager ni par le soleil écrasant, ni par les grognements faisant office de réponse de son mari, Willie. Elle poursuit son babil gai et insouciant, plonge la main dans son sac et s’extasie devant une brosse à cheveux; elle se rit d’elle-même ainsi que de ses humeurs :
« Encore une belle journée.
Oh, le vieux style
. »

Elle n’existe qu’au travers des réponses de Willie dont elle cherche perpétuellement l’assentiment qui lui garantit qu’elle est encore vivante. Lorsqu’il tarde, elle panique de peur qu’il soit parti dans tous les sens du terme.
L’autre est un miroir de son existence.

Je me demande ce que Beckett avait en tête en écrivant « Oh les beaux jours ». Pensait-il que l’individu finira seul, que son entourage se réduira à une présence réelle ou fantomatique et que nous finirons par soliloquer en attendant la mort? Ou bien voyait-il dans la répétition des mêmes phrases, dans l’examen minutieux d’une brosse à dents en soie de porc ou dans l’égrainage de souvenirs, une façon d’apprivoiser la mort par l’absurde qui serait ainsi plus douce?

Au delà de la performance de l’actrice, je ne sais pas vraiment quoi penser de cette pièce, j’ai ri, je me suis sentie envahie par le désespoir, je me suis demandée comment je mourrais, j’ai plaint Winnie tout en admirant sa force et je me suis dit que c’était pas si mal tout compte fait. Ou pas?

Oh les beaux jours de Samuel Beckett au Théâtre de l’Atelier
M° Blanche ou Pigalle.
Du mardi au samedi jusqu’au 1er juin. Places à 15€, 28€ et 40€

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6 comments on “Oh les beaux jours au théâtre de l’Atelier

  1. Je suis aussi allée voir cette pièce il y a un moment et je en sais toujours pas si j’ai aimé… C’est très perturbant, on sort un peu bouleversée je trouve. C’est à la fois génialement joué par C. Frot et en même temps tellement déroutant que ça en reste déstabilisant. Je comprends qu’on puisse ne pas aimer (voire même s’endormir !).

    • Je suis comme toi, toujours en train de me demander si j’ai aimé ou pas! Tu me diras si tu trouves la voie!

  2. Et bien, je suis un homme d’après mon état civil et je n’ai pas dormi !
    Je trouve intéressant que cette pièce laisse perplexe. On ne peut être totalement emballé, si ce n’est par la performance de l’actrice.
    La situation peut angoisser mais il y a des vraies perles dans le texte.

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