La semaine d’après

Il y a quelque mois au moment des attentats de Charlie, je me demandais comment nous allions survivre à toute cette folie, comment nous allions continuer à vivre…
Et puis, les mois sont passés. Je n’avais pas vraiment complètement oublié mais comme beaucoup j’ai repris le cours de ma vie, je suis sortie, j’ai bu des coups en terrasse, j’ai joué à la pétanque, je suis partie en vacances avec l’Homme, j’ai regardé les nuages…

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Et puis, vendredi est arrivé.
Et depuis, je n’y arrive pas. Je suis bloquée. Je suis sidérée.
Et puis sans que je sache pourquoi, je sens mes larmes aux yeux, les essuyer d’une main rageuse exaspérée que ces connards puissent m’affecter autant.
Je suis surprise par l’intensité de ma peine alors que je ne connais personne parmi mes amis qui a été touché.

Je n’arrive pas à me dire que la vie continue. Je ne parviens pas à m’intéresser à l’absurdité du bureau, aux réunions fixées depuis longtemps, aux débats interminables pour savoir s’il faut ajouter une virgule ou un point-virgule.
Je suis révoltée. Puis abattue. Agacée. Mais surtout hébétée.

Je ne devrais pas être aussi affectée. Je n’ai perdu personne de proche. Pas directement. Mais il s’avère que mon cerveau a perdu toute capacité de raisonnement et de rationalisation.
Chaque j’apprends que la fille, le pote, le mari de quelqu’un que je connais est mort. C’est pas moi. Mais c’est moi.
Et pour en avoir beaucoup discuté autour de moi, je crois que je ne suis pas la seule. Je le sens à chaque fois que je prononce le banal « ça va ? » du matin ; un regard, une poignée de mains me confirment que « non, on ne va pas très bien  » et que c’est normal. Nous avons véritablement été attaqués, on nous a voulu du mal ; cet acte barbare a touché notre identité la plus profonde, nos habitudes, l’essence même de notre vie.

Alors ouais, chacun traverse cela comme il peut.

Et moi, je ne suis pas encore prête à ce que la vie reprenne ses droits, à faire comme si de rien était, à reprendre mes habitudes, à boire des verres en terrasses en emmerdant ceux que ça dérange…
Je me sens fragile. J’ai envie de préserver le cocon de douceur de messages de la famille et des copains habitant près et loin qui étaient inquiets. Et c’est là que je veux me réfugier en attendant d’aller mieux.
Prenez soin de vous. Je vous embrasse tous très fort

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15 comments on “La semaine d’après

  1. Je partage totalement ton sentiment… A la question ça va, je réponds comme toi « oui ça va, mais en fait je crois que ça ne va pas… ». J’ai lu que c’était important d’être triste et en colère, pour faire son deuil. Et chacun le fait comme il peut. Je t’embrasse très fort.

  2. Je ressens la même chose. La seule victime que je connais s’appelle « Carillon » où j’ai passé bon nombre de soirée. Le vendredi c’est le QG de beaucoup de gens que je connais, j’y étais encore il y a 2 semaines. Par miracle, le 13 novembre aucun de mes potes n’y est allés mais difficile de s’enlever de la tête qu’on aurait pu y être.

    J’ai le sentiment qu’une partie de ma coquille a été détruite vendredi …. alors je suis comme toi, pas prête encore à aller rire en terrasse même si il faudrait ….

    Je t’embrasse fort aussi !

  3. Ce soir je suis allée au theatre
    et je suis sortie de la bulle dans laquelle j’étais enfermée depuis plusieurs jours le choc a du anesthésier mon cerveau et mon cœur : je n’éprouvais plus rien
    Ce soir, j’ai réalisé j’ai ressenti a nouveau, Des sentiments sont remontés tout a coup comme après une apnée émotionnelle J’ai ressenti de la colère de la tristesse de la peur de l’empathie et j’ai pleuré beaucoup pleuré
    une pièce sans rien d’exceptionnel sur le papier, adaptation circassienne et très lointaine du conte d’hiver de Shakespeare mais du jeu souvent trop, du loufoque, du fantastique, des costumes criards a la limite du vulgaire, une mise en scène déjantée, au début je n’ai pas aimé et petit a petit j’ai commencé a esquisser un sourire, a plisser les yeux, a rire, a me sentir vivante
    la folie d’un roi ivre de pouvoir et rongé par la jalousie qui défie les dieux et les hommes en tuant ses proches, étrange résonance si actuelle et pourtant écrite il y a 400 ans! et surtout des acteurs humains spontanés vivants et decomplexés avec cette rage de partager, de transmettre, de tout balancer
    Ce soir je me suis pris une tarte a la crème d’émotions dans la tronche et ça ma fait du bien, je me suis sentie vivre !

  4. Je ressens un peu la même chose. Mais ça va déjà mieux, un tout petit peu mieux, en lisant les mots des optimistes et en s’obligeant à couper avec l’info continue. Je ressens aussi cette culpabilité de me dire que je ne connaissais personne, et que mes larmes sont moins « légitimes » que ceux qui ont perdu un proche. Mais on a tous des amis d’amis, et puis il suffit de regarder les visages, les prénoms, les âges pour voir que ces gens, c’est nous. Courage, prends le temps nécessaire mais ne te laisse pas submerger par la tristesse. Il faut qu’on tienne. Je t’embrasse

  5. Si on me demandait quel est le mot qui revient ds ma tete, ce serait Révolte, il tourne en boucle, revolte que ces barbares existent , revolte que tous ces gens soient morts, blessés, traumatisés, que des français soient tués par des français, des jeunes qui tuent des jeunes, malheureusement je mets des noms, des visages sur des victimes, je pense a leur parents et lá aussi les larmes montent , revolte aussi pour tout ce qu on a pas fait , ou qu on a laissé faire, ou qu on a pas su faire et que tout d un coip on fait mais pour les 300victimes c trop tard

  6. pour les enfants il a fallu réapprendre à sourire, à rire, à jouer, à faire comme si de rien était…. Mais c’est pas facile tous les jours
    Et la peur ne me quitte pas, et la rage de me dire qu’ils nous ont volés toute envie, tout plaisir simple qui nous sortait du train train de la vie….

    bisous <3

    • Tu l’as parfaitement résumé: c’est pas facile tous les jours…
      Plein de courage et de soutien! bisous <3

  7. Ma moitié a tout dit, dur de relever la tête,de sourire, de vivre quoi !
    Aujourd’hui j’ai néanmoins réussi à momentanément oublier en m’occupant toute la journée sur du travail manuel, peut être l’échappatoire qu’il me faut pour déconnecter de l’horreur … mais ce n’est malheureusement que momentané.
    Toutes mes pensées restent tournées vers les familles qui ont perdues un fils, une fille, un parent, un(e) ami(e), un proche.

  8. Prends soin de toi, chacun se débrouille avec sa peine comme il peut, chacun est libre d’aller en terrasse ou pas, le plus important est de tenir la barre.

  9. Pareil , j’ai perdu personne, mais je sens souvent les larmes qui montent, c’est ma ville, mon pays, ma Terre. Et puis on ne fait plus rien sans y penser …
     » aux débats interminables pour savoir s’il faut ajouter une virgule ou un point-virgule. », j’en ai marre aussi de tourner autour de débats stériles au bureau au lieu de profiter de la vie et d’être ensemble.
    Ton article me touche

  10. Ton article me touche. Chacun traverse ces évènements à sa manière, indépendamment qu’il ai ou non perdu quelqu’un de proche. Prends soin de toi…

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